L’entraînement fonctionnel remis en cause ?

L’évolution d’une discipline est rythmée par un enchaînement cyclique de courants de pensée. La préparation physique ne dérogeant pas à la règle, l’entrée dans les années 2000 marque l’avènement de l’entrainement fonctionnel.

Dans l’entraînement de la force il existe autant de définitions de l’entraînement fonctionnel qu’il existe d’entraîneurs. J’ai pu m’apercevoir qu’aux yeux de la majorité d’entre eux, la classification d’un exercice comme étant fonctionnel ou pas dépendait de sa nature. En gros tout le monde s’accorde pour dire que la flexion de bras n’est pas fonctionnelle, par contre certains vont classer le développé couché comme exercice fonctionnel, quand d’autres vont le bannir au prétexte que cette position n’est jamais réalisée dans les activités sportives ou dans la vie de tous les jours. Ces derniers vont souvent chercher à mimer le geste sportif dans leurs séances d’entraînement afin que le transfert se fasse plus aisément.

Quel que soit leur avis sur le développé couché, les deux parties pourraient tout à fait se retrouver dans une phrase définissant l’entrainement fonctionnel comme étant un entraînement basé sur le renforcement de chaînes musculaires, et non de groupes musculaires isolés, en utilisant uniquement des exercices poly-articulaires se rapprochant, ou pas, des mouvements effectués dans une discipline sportive afin d’en reproduire les contractions musculaires spécifiques. (1)

Ceci étant dit, je préfère m’écarter de ces entraîneurs là et me retrouver dans un dernier groupe… 

La chasse au « tout fonctionnel »

Soyons clairs, je suis absolument pour l’utilisation de ce type d’entraînement en préparation physique, quelle que soit la discipline pratiquée. Mais pour moi, la nature de l’exercice n’est en aucun cas garante de sa classification dans le « panier » fonctionnel ou non.

J’ai l’habitude de consacrer entre 10% et 15% de mes programmes au renforcement analytique, que ce soit pour rééquilibrer un ratio de force, pour prévenir une blessure ou renforcer un point faible. Je pense donc que des exercices tels que le leg curl sur machine, les flexions et extensions de bras mono-articulaires (biceps curls, triceps pushdowns…) ont leur place dans n’importe quel programme de préparation physique, quel que soit le niveau de l’athlète.

L’adage « une chaîne est aussi forte que son maillon le plus faible » (a chain is only as strong as its weakest link) est connu de tous, et si la faiblesse d’un groupe musculaire compromet la progression, je n’hésite pas à le matraquer de manière isolée. D’un avis personnel, si vous pensiez pouvoir rattraper un déficit de force sur les ischio-jambiers en ne faisant que des fentes, ce sera peine perdue. Attention donc à l’effet de mode qui consiste à bannir toutes les machines et tous les exercices mono-articulaires d’un programme de préparation physique…. j’aime le leg curl et je le revendique !

En ce qui concerne le fait de vouloir à tout prix mimer le geste sportif, je n’y suis vraiment pas favorable. Mon argument est simple, les chaînes musculaires spécifiquement utilisées dans l’activité de prédilection sont déjà sur-utilisées lors de la pratique, pourquoi donc les surcharger de travail ? Ah oui, pour les blesser…

L’entraînement de la vitesse lui aussi touché

Si l’on va plus loin, le même constat peut être fait sur l’entraînement de la vitesse dans les sports collectifs où les exercices contextualisés basés sur les types de déplacements retrouvés sur le terrain occupent souvent la totalité de l’entrainement. Je ne dis pas qu’il faut entraîner les footballeurs, rugbymen ou handballeurs comme des sprinteurs, mais un petit travail de technique de pied, actuellement en voie de disparition, trouvera sa place dans l’évolution de la performance. Bien sûr le temps manque pour ce style d’exercice, quel que soit le niveau de compétition, il devient alors judicieux de les placer pendant l’échauffement, en extra (5′ avant l’échauffement ou 5′ en fin de séance) ou lorsqu’un joueur revient de blessure.

Travail de pied (Montpellier RL 2011)

Pour terminer, je dirai que chaque exercice permettant une amélioration dans l’exécution d’un geste (sportif ou non) devrait être classifié comme fonctionnel, qu’il soit mono-articulaire ou poly-articulaire, qu’il utilise une charge guidée ou libre, et qu’il mime ou non le geste en lui-même.

(1) Définition personnelle.

Frédéric Marcérou – 04/02/2013